Avant ma naissance mes parents spéculaient volontier sur la couleur de peau que j'allais avoir. Ma mère désirait par dessus tout que mon teint soit le plus sombre possible et avait dit ceci à mon père " Vois tu, quand on casse l'oeuf et qu'on le mélange, le jaune l'emporte toujours sur le blanc." Et quelle decepetion pour elle, alors qu'on me prenait si souvent pour une blanche. Plus tard, la mère d'une de mes amie pakistanaise qui parlait très peu français et avait énormément de mal à retenir mon prénom m'avait surnomé Pinky. L'ayant eu il a peu de temps au téléphone, je lui demandait enfin d'où venait ce surnom, et la révélation faite, je me suis soudain sentie comme Alice à l'orée du terrier du Lapin Blanc...

Before my birth, my parents tried to guess the skin color i'd have, my mother wanted it as dark as possible and she told my father this; "see, when you break an egg and melt it, it always turns yellow". And what a desapointment for her where so many people confused me with a White. Years later, my friend's mom, who's a pakistani speaking few french and having the hardest time remember my name came up with Pinky. Having her on the phone not long ago i asked her about the origin of that nickname, earing her answer, i suddently felt like i was Alice following the White Rabbit in his hole...

"Pinky" est film d'Elia Kazan réalisé en 1949, qui dépeind l'histoire d'une métisse à la peau très claire élevée dans le sud profond des USA par sa grand-mère Noire et partie étudier au Nord en se faisant passer pour Blanche...

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Je lui faisait donc penser à Pinky...Si je connaissais plutôt bien les films des années 50 jusqu'à là, j'avais de véritables lacunes quant aux longs métrages mettant en scène des personnes Noires ou "de couleurs", sans compter les sempiternelles "Mammy", gros et grotesques personnages asexués censée souligné la beauté de l'héroïne Blanche comme par exemple dans "Gone with the Wind":

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(Vivien Leih et Hattie Mc Daniel)

Cette révélation me donna envie de continuer mes recherches, aussi j'appris que l'actrice choisie pour incarnée Pinky était Blanche au lieu d'être de facto métisse, c'est Dorothy Dandridge qui avait été présentie pour le rôle, mais pour des raisons de Box-Office, le producteur à juger que les spectateurs éprouveraient plus de compassion pour le personnage s'ils pouvaient "s'identifier" à elle, ce qui était monnaie courante à l'époque...Et en poursuivant dans ma lancée je découvrais aussi le "mythe de la mulâtresse tragique" datant du début de l'esclavage jusqu'à la fin des 70's...

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( Dorothy Dandridge)

Pour vous faire part de mes trouvailles commençons d'abord par le lexique: si le mot métisse désigne une personne née de l'union d'un homme et d'une femme de couleurs différentes, le terme mulâtresse est propre à la négritude. En effet, c'est un nom commun attribué au résultat de l'union d'un parent Blanc et d'un autre Noir. L'éthymologie est tiré du mot mulet, la mulâtresse est un allégorie de l'animal: une espèce hybride, contre nature, qui ne devrait pas exsister et qu'on a cru pendant longtemps stérile. Quant au suffixe -âtre il renforce ici le carractère péjoratif de l'appellation. Au début du XIX ème siècle, Thomas Jefferson ( Père fondateur de la Constitution Américaine) imagina une formule mathématiques pour classer les Noirs en sous catégories: un demi sang est un mulâtre, un quart de sang un quarteron, un huitième de sang un octavon, etcetera. Délicieusement ironique puisque cette brillante idée naquit du cerveau de l'homme qui clamait par ailleurs que "tous les hommes sont égaux"...Quoi qu'il en soit la One Drop Rule Law ( voir article ici ) rendait quiconque socialement et légalement noir par le simple fait d'avoir une seule goutte de sang de la "mauvaise race".

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Sous l'ère esclavagiste le fait d'être claire de peau donnait lieu à de nombreux avantages: une place de domestique d'intérieur au lieu d'être "nègre des champs" avec la possibilité de cotoyer des gens "respectables et éduqués", apprendre à lire et à écrire, manger les restes du maître, s'octroyer ses faveurs. Et pour les métisses ayant la chance d'avoir les peaux les plus claires, en étant  la favorite d'un propriétaire fortunée, elles avaient parfois droit à leur propre esclaves, bien noires celles-ci. Ce qui evidemment, attisa la haine et les convoitises de leur frères et soeurs de couleurs à la peau bien plus sombres...

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Après l'abolition de l'esclavage cette discrimination se poursuivie, la femme métisse considérée comme la "face acceptable" de la négritude se voyait toujours convoitée. Nombre d'entre elles exploitèrent leur teint clair pour se faire passer pour Blanche et vivre une vie agréable , exsantée de ségrégation. Tandis que d'autres tentèrent le mariage avce un Blanc, summum de l'ascention sociale. En revanche, celles qui se faisaient attrapper à leur propre piège subissaient bien souvent la foudre des Blancs, et finissaient leur vie soit ruinées, soit comme les Stanges Fruits immortalisés par Billie Holiday.

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"Le mythe de la mulâtresse tragique" est batit sur son ambivalance et son incapicité à s'adapter à l'une de ses deux composantes: trop blanche pour les Noirs et trop noire pour les Blancs. Dans la littérature du début du siècle dernier la mulâtresse est souvent décrite comme torturée mentalement, rejetant sa "partie noire" et en même temps s'affligeant de térribles souffrances pour oser penser ainsi. Souvent dépressive, elle ne semble trouver la paix que dans la mort. Métaphore peu subtile pour décourager les hommes ou même les femmes de s'aventurer dans des batifollages bi-raciaux, puisque la somme ne peut en être que désastreuse, de plus on croit jusque dans les années 20, que les mulâtresse doivent leur self-contrôle et leur capacités intellectuelles à leur sang blanc, et leur côté impulsif et potentiellement sauvage  à leur sang "nègre", en résumé le métissage apparait surtout comme une sorte de croisement raté.

Plus tard, dans le cinéma et à partir des années 30, la métisse devient pour les afro-américains (il en est de même en Afrique de l'ouest) ce que la blonde est aux occidentaux: une bombe sexuelle. Mais la mulâtresse tragique se révèle être une manipulatrice, doublée d'une égoïste qui n'hésitera pas à renier les siens. En 1939, le film " Imitation of Life" reste jusqu'à ce jour le long métrage emblématique de ce phénomène!

 

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Peola, l'heroïne interprétée par Fredi Washington (une vraie métisse), a la peau blanche, mais elle n'est pas socialement blanche, c'est une mulâtresse lasse d'être traitée comme une femme Noire des années 30, elle décide donc de se faire passer pour Blanche et supplie sa mère de la comprendre. Elle se situe à l'opposé de la "mammy" dont je parlais plus haut, Peola est belle, jeune sensuelle et serait la femme parfaite d'un mari Blanc qui ne serait pas au courant de son secret, elle refuse son héritage racial et refuse en même temps de vivre la stigmatisation que le lui impose sa condition sociale, elle veut être libre et aspire aux mêmes rêves qu'une Blanche. Au cours du film, elle décide de s'en aller et de vivre sa vie abandonnant sa pauvre mère qui finira par en mourir le coeur brisé...

 

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( Louise Beavers et Fredi Washington )

 

Ce film choqua tous les esprits, aussi bien du côté noir que du blanc. Du milieu des années 30 à la fin des années 70, le nom Peola devint une insulte pour désigner les "Noirs" clairs de peau voulant desespérement se calquer sur le modèle dominant, une insulte comparable à "Oncle Tom', mais pour les femmes cette fois.

A l'époque, des femmes, des hommes et même des enfants du "noir sable" au noir ébène ont vécu d'innombrables tragédies. La véritable tragédie n'était pas qu'ils soit noirs ou qu'il aient du "sang nègre", mais que les blancs y  voient la dedans un carractère tragique par définition... Aujourd'hui, je ne sais pas trop quoi penser de ce mythe, je ne sais pas très bien s'il est toujours en vigeur, mais je sais qu'il y a parfois quelques difficultés à être "bi-raciale"...

Pour l'anecdote, j'ai vécu quelques temps dans le sud des Etats-Unis quand j'étais plus jeune, en Floride plus exactement, et j'avais un petit copain de type caucasien, blond aux yeux bleus. A l'époque, j'avais les cheveux défrisés et une vendeuse dans un magasin m'a dit ceci " oh i like your tan, i wonder how the hell you do that" = "oh j'aime ton bronzage, mais je me demande comment tu arrive à en obtenir un pareil". Au début je ne comprenait pas sa question, et quand elle me l'a repété j'ai compris qu'elle ne savait pas que j'étais métisse. Casey à répondu "that's natural, she's black" = "c'est naturel, elle est noire". Le visage de la vendeuse a completement changé, son sourire amicale s'était évaporé dans les airs. Et quand on se promenait autre part, nous écopions des regards méprisant de mes "frères de couleur" qui nous insultaient, me demandant ce que je faisais avec un blanc et l'accusant de voler une des leur. Je ne suis ni noire ni blanche, et j'adore le fait de pouvoir véhiculer deux cultures, ce que je considère comme une véritable richesse. Je ne veux en aucun cas choisir un camp,  je fais simplement partie du monde, en tant qu'Eloïse, un être humain imparfait comme tous ceux qui peuplent cette terre.

 

"C'est dans le métissage, qu'on fait les plus beaux assemblages"

Khrisna Murti